L’émergence du basket en France date du début des années 80 et de l’avènement des radios et chaînes privées. Canal+et Georges Eddyincarnent cette révolution.
Georges a toujours su trouver les mots pour un basket qui s'adresse aux jeunes... à la manière des commentateurs US ; plaçant ci et là des anecdotes, des termes et expressions précises et concises du Basket Ball.
Le rêve devenait réalité !Son humour et son accent venaient pimenter un peu plus ses commentaires : "Xavier Mc Daniel l’homme qui se rase le crâne chaque matin avant chaque match", "Manute Bol a tué un lion dans son pays quand il avait 15 ans", ou encore "Isiah Thomas a appris à bien dribbler car il y avait beaucoup de vent sur le playground de son enfance".
Pendant ce temps sur l'immense Campus Universitaire de Bordeaux, probablement le plus grand d’Europe, de nombreux étudiantsoriginaires des DOM TOM et d’Afrique, ainsi que d’autres étudiants originaires des départements voisins : Landes, Lot et Garonne, Dordogne, et de la France entière, voire d’autres régions du monde vivent toute l’année, répartis dans six villages universitaires. Loins de leurs familles, la plupart des africains restaient là le week-end, à Noël, à Pâques. L’été venu, le campus se désertait, la chaleur s’installait sur Bordeaux. Rares étaient les étudiants étrangers ayant légalement le droit de faire de petits jobs étudiants, comme le permet aujourd’hui la loi…
Une fois acquitté de son loyer grâce à la bourse des parents ou du gouvernement, il restait à peine assez d’argent pour payer ses tickets de restaurant universitaire. (Il n’y avait pas d’APL pour les étudiants en chambre universitaire). Il va sans dire qu’avec si peu de moyen, nul ne pensait à aller en vacances à la montagne, ou à la mer comme le font la plupart des autres Bordelais. La chaleur était lourde, et on ne connaissait personne excepté ceux avec qui on partageait le même sort. Croupissant sous cette chaleur sans la mousson des tropiques, ou le mistral qui souffle sur les côtes marseillaises, qui de temps en temps rafraîchit l’air, c’est à l’ombre des arbres que les étudiants, déterminés à réussir leurs rattrapages de septembre, allaient chercher un peu d’air frais...
Les adeptes du basket quant à eux, attendaient que le soleil frappe un peu moins fort pour aller sur le playground où ils restaient jusqu’à la nuit noire (22h 30 – 23h en été!!). Quel bonheur de savourer ces moments ! La vie tournait ainsi autour des cahiers et du ballon orange.
C’est dans ce contexte qu’est née l’équipe des Black Stars, ancêtres du Kameet Basketball. Le basket auquel s’identifiaient la plupart des ces jeunes africains était le basket américain dans ce qu’il a de racé, coloré, athlétique et spectaculaire. La nuit tombée, on discutait à la lueur des lampadaires du dernier concours de dunk, remporté par Dominique Wilkins, Doc J ou des exploits de Magic, Jordan ou Kareem Abdoul Jabbar.
Les étrangers n’avaient pas le droit de jouer au-delà du premier niveau régional, d’où la frustrationobservée chez de nombreux joueurs africains, dont certains pourtant avaient porté les couleurs de l’équipe nationale de leurs pays. Jouer en Pro était tout aussi inaccessible en raison de la concurrence des joueurs africains qui avaient l’avantage d’avoir fini leur cursus US et étaient de véritables pros, à l’opposé des jeunes africains venus pour faire des études.
Pour vivre le rêve des grands matches et des grandes rencontres, les Black Stars étaient sans aucun doute la seule alternative. Ils étaient invités lors des fêtes de clubs de basket, dans plusieurs villages, car là également, après le championnat, on voulait découvrir ce basket aérien, rapide, qui contrastait quelque peu avec celui qui était pratiqué dans les clubs. C’était véritablement du divertissement, comme le disent les américains : "entertainment". C’était le meilleur moyen de passer les journées !
VINCENT MBASSI
